Ce vendredi 15 août, Marielle Hector et Madame la Proviseure de la Cité scolaire Gambetta-Carnot à Arras ont ouvert les portes du lycée pour faire découvrir les chauves-souris dans la cour du site Gambetta. Il s’agit d’une opération menée dans le cadre de l’agenda de l’écologie de la Communauté Urbaine d’Arras, avec le soutien du Groupe Ornithologique et Naturaliste du Nord et du Pas-de-Calais, section arrageoise du Cochevis.
Marielle a commencé par montrer le site Gambetta qui accueille 2 espèces de chauves-souris qui sortent de leurs gîtes à 15-20 minutes d’intervalle, ce qui est très pratique pour une initiation ! Mais il y a aussi des chauves-souris sur le site Carnot : les Pipistrelles communes y sont bien représentées.
Environ 25 personnes de tous âges sont donc venues pour apprendre à connaître nos petits chiroptères. L’action se décompose en 3 temps :
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brève découverte des lieux : l’histoire et les choix qui expliquent l’agencement du site et pourquoi c’est favorable aux chauves-souris;
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description en salle des animaux, de leurs moyens de repérage et de communication, première initiation à l’exploitation des enregistrements ultra-sonores;
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observation des 2 espèces crépusculaires présentes sur site : la Pipistrelle commune et la Sérotine commune
1) L’histoire des lieux
Les points importants : nous avons des murs d’enceinte hérités des bâtiments de l’ancien couvent qui se trouvait là entre les XVème et XIXème siècle. Les activités d’enseignement se sont développées à partir de la fin du XIXème siècle, dans les mêmes bâtiments, jusqu’au début des années 1960 où le lycée de jeunes filles a pris son apparence actuelle.
Le couvent nous a aussi légué nos grands arbres. Les tilleuls et les marronniers ont 120 à 140 ans et structurent le paysage, tout en offrant des cachettes aussi bien aux insectes, qu’aux oiseaux et aux chauves-souris.
Enfin, la localisation à la limite des anciens remparts de la ville a induit des constructions et déconstructions nombreuses, dont la trace a été perdue. Entre 2011 et 2013, ont eu lieu des effondrements de sol au niveau de caves ou de tunnels mal ou pas rebouchés, dont on ignorait l’existence. Du béton a été injecté pour sécuriser la cour, et nous avons fait le choix de conserver nos espaces verts, précieux au centre-ville. Les pelouses qui étaient devenues inaccessibles aux élèves ont été plantées massivement, amplifiant et accélérant un projet biodiversité né quelques années auparavant (2009/2010).
Nous avons donc de vielles pierres, de vieux arbres, et beaucoup de plantes mellifères ou porteuses de fruits intéressants pour les insectes ( et les oiseaux).
Or, les chauves-souris sont insectivores.
Il ne manque qu’un vrai point d’eau pour que notre cour du site Gambetta ressemble à un paradis pour les chiroptères ! Comme il serait hélas compliqué de mettre en place une mare, on restera un coin sympathique, et non un paradis…

Visite des lieux le 15 août 2025
2) Faisons connaissance avec les chauves-souris
Chiro-ptères : si on analyse le mot, et qu’on fait l’analogie avec d’autres mots connus comme “chiromancien” (voyant qui lit dans les mains) ou “hélicoptère” (qui a des ailes en hélices) ou diptère (qui a 2 ailes)…. on obtient une donnée fondamentale. Les chauves-souris ont des mains-ailes (elles volent avec leurs mains).
Les chauves-souris sont les seuls mammifères qui pratiquent le vol actif (donc capables de s’envoler par leurs propres moyens, pas seulement de planer).

Comparaison entre bras humain, ailes de chauves-souris et d’oiseaux. Ecureuil et homme volants (planeurs)
On sait généralement que les chauves-souris utilisent un système d’ultra-sons, mais cela entraîne pas mal d’idées fausses parmi lesquelles :
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les chauves-souris seraient aveugles : faux. Elles ont de jolis petits yeux et voient aussi bien que nous, mieux même dans l’obscurité.
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les chauves-souris seraient sourdes, sauf pour les ultra-sons. Faux. Elles entendent aussi les sons qu’entendent les humains. D’ailleurs, elles n’émettent pas que des ultra-sons. Une chauve-souris en détresse, par exemple, pousse des cris parfaitement audibles.
Les chauves-souris ont également un odorat développé.

Célestine, la petite peluche qui permet de montrer l’anatomie d’une chauve-souris
Leur système d’écholocation (repérage dans l’espace grâce à l’analyse de l’écho des ultrasons qu’elles émettent) leur permet cependant de repérer les petites proies dont elles se nourrissent de manière très précise, ce qui ne serait pas possible à grande distance avec leurs seuls yeux.
Schéma illustré du principe d’écholocation chez la chauve-souris © MNHN – S. Fernandez
Il s’agit maintenant de rappeler ce que sont les ultra-sons : nos oreilles sont conçues de manière à ce que les sons dont la fréquence est comprise entre 20 Hertz et 20 000 Hertz (20kHz) puissent être traduits en influx nerveux et analysés par nos cerveaux. Si la vibration des couches d’air (son) est trop lente (basse fréquence, comme certains barrissements d’éléphants, sons très graves) ou trop rapide (sons émis par les chauves-souris, très aigus), notre mécanique de l’oreille ne nous permet pas d’entendre. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de son, et cela ne présume non plus en rien du niveau sonore. Une chauve-souris peut vous hurler dans les oreilles sans que vous le sachiez.
Si on a un micro adapté, il est possible d’enregistrer les sons émis par les chauves-souris, puis de les analyser.
On les analyse en particulier sur des graphiques montrant l’évolution des fréquences en fonction du temps.
La forme du signal sur les graphiques, la cadence à laquelle il se répète, sa durée, la valeur de la fréquence lorsque l’intensité sonore est la plus forte permettent, dans un milieu ayant des caractéristiques données (sans obstacles, avec quelques obstacles ou avec beaucoup d’obstacles), de déduire l’espèce de chauve-souris présente, et son comportement (s’approche, s’en va, a attrapé un insecte, communique avec d’autres chauves-souris) en se référant à des tables de valeurs.

Pipistrelle commune: écholocation + cris sociaux

Pipistrelle et Sérotine communes

Buzz d’une Pipistrelle (capture d’une proie)

Le public du 15/08/2025 en salle Polyvalente
3) Les 2 espèces présentées : la Pipistrelle commune et la Sérotine commune
Les 2 espèces sont crépusculaires. Il y a encore assez de lumière pour pouvoir les voir voler autour de nous quand elles sortent de leurs gîtes. C’est pratique !
Elles ont aussi des tailles très différentes : la petite Pipistrelle ne pèse que 3 à 8 grammes. Son envergure est de 18 à 24 cm, mais son corps et sa tête ne mesurent que 3,6 à 5,1 cm au total (un pouce). La Sérotine, elle, a un poids de 18 à 35 grammes, une taille totale tête + corps de 6,3 à 9 cm, et une envergure de 31,5 à 38,1 cm ! On voit parfaitement la différence quand les deux sont sorties. Les petites Pipistrelles virevoltent (ce sont mes petites fées Clochette : quand on essaie de les prendre en photo ou vidéo, on a des traces qui font penser à la poudre de fée de Clochette dans Peter Pan !). Le vol des Sérotines, bien que très rapide et très fluide aussi, est quand même nettement plus lourd et puissant.
Les Pipistrelles sortent du gîte les premières, et 15 à 20 minutes plus tard apparaissent les Sérotines.
La forme générale du graphique fréquence des ultra-sons émis en fonction du temps est la même (une virgule à l’envers) pour les deux, mais la fréquence du pic d’intensité est nettement plus basse pour les Sérotines (24 000 à 30 000 Hz) que pour les Pipistrelles (43 000 à 52 000 Hz).
Vers 21h10, 21h15, le groupe de visiteurs a pris position sur la passerelle d’accès au bâtiment central pour assister à la sortie des Pipistrelles

Nous nous sommes ensuite déplacés pour regarder le ballet offert par 3 Sérotines d’humeur joueuse
Le mois d’août est idéal pour l’observation des chauves-souris, mais on peut encore les voir jusqu’en octobre dans la cité scolaire.
Il faudra ensuite attendre avril pour revoir les Pipistrelles, et l’été prochain pour les Sérotines.